Soup/No Soup de Rirkrit Tiravanija.

Performance Soup/No Soup. Rirkrit Tiravanija. 2012.

Performance Soup/No Soup. Rirkrit Tiravanija. 2012.

Au Grand Palais, l’artiste thaïlandais Rirkrit Tiravanija a présenté récemment (le 7 avril 2012) une performance participative intitulée Soup/No Soup. L’espace de la nef du Grand Palais, ce grand lieu de l’art à Paris, s’est vu transformé pendant douze heures, en un gigantesque banquet festif, où l’artiste et son équipe, ont invité le public à déguster une soupe préparée pour l’occasion.

Généreux mais modeste, collectif et singulier à la fois, le projet Soup/No Soup est conçu comme un grand rassemblement où chacun des participants pouvait vivre une expérience transactionnelle, immatérielle et éphémère, basée sur l’échange, la rencontre et la participation. De plus cette performance cherchait à rapprocher le public vers une dimension intangible et interpersonnelle à travers une participation à l’expérience.

Ce que l’on peut retenir de cette performance c’est que l’œuvre s’est créée grâce à la participation des spectateurs. En ingérant la soupe, le public est entré dans un jeu de partage, proposé par l’artiste. La soupe a été donc, le moyen favorisant cette relation entre l’artiste et le public. De ce fait, l’expérience partagée a rendu visible une intention artistique qui ne se limitait pas à la création d’une œuvre à caractère contemplatif et matériel, mais plutôt une œuvre participative, autrement dit, évènementielle, matérialisée en tant que circonstance et créée par le biais d’un jeu d’échange capté à travers le partage d’une soupe.

Soup/No Soup se construit en effet à partir de la relation, dont « La sphère de ses rapports humains est désormais devenue forme artistique à part entière ».[3] A ce propos et concernant cette performance, nous pouvons en déduire que l’un des axes majeurs de la relation – à savoir la configuration d’une pratique sociale – comprend ainsi un travail de communication avec son public (le public qui participe au grand banquet). Ainsi, Claire Staebler, une des commissaires de l’exposition La Triennale de Paris 2012 – Intense Proximity, évènement artistique sous lequel Soup/No Soup s’est inscrit, nous rappelle que « Rirkrit Tiravanija a toujours axé son travail sur la dématérialisation de l’œuvre, pour que justement, l’objet de la performance soit « ce qu’il se passe » entre les gens ».[4]

Rirkrit Tiravanija a initié depuis les années quatre-vingt-dix, une démarche artistique centrée sur une série de projets dont la préparation et le partage de repas comprend une notion de communauté et de vie associative. Cette performance culinaire réalisée selon un protocole similaire dans d’autres institutions artistiques (au MOMA de New York, la Biennale de Venise, etc.) met davantage l’accent sur le sens de l’échange, sur la rencontre et la convivialité. Cette performance qu’on pourrait appeler, selon les termes de Joseph Beuys, une « sculpture sociale »[5], veut s’entendre comme une rencontre publique centrée sur la préparation, la consommation et le partage de la nourriture. En fait, « l’artiste puise toute l’énergie artistique dans les liens et les relations qui se nouent entre les participants de la performance »[6].

Cette œuvre propose donc, un modèle transactionnel. Elle suggère également un jeu d’interaction. Dans ce jeu, le public décide s’il veut ou non participer à l’action par un « oui » ou par un « non » : Soup ou No Soup. C’est justement le titre de l’œuvre. Il  explique la décision du public d’accepter ou de refuser un tel échange. Nous observons comme les visiteurs qui décident d’entrer dans le jeu, participent à la performance tout d’abord par la consommation de la soupe, mais aussi par le dialogue qui s’instaure lors de l’échange, et à travers l’appropriation de l’espace. En effet, l’artiste cherche à ce que le spectateur passif (le visiteur), devient lui-même un participant actif, tel l’acteur d’une œuvre en devenir.

Laura Morales


[1] Nicolas Bourriaud, L’Esthétique relationnelle, Dijon-Quetigny, Les Presses du Réel, 2006, p. 19.

[2] Ibid., p. 15.

[3] Ibidem

[4] Dans le catalogue de l’exposition : La Triennale 2012, Intense Proximity, CNAP et Palais de Tokyo, Paris, Avril – Août, 2012, p. 265.

[5] Joseph Beuys, Social Sculpture, Invisible sculpture, Altrnative Society, Free International University, Conversation With Eddy Devolder, op. cit., p. 28.

[6] Catalogue de l’exposition : La Triennale 2012, Intense Proximity, op. cit., p. 265.

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